<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-7142122464352006347</id><updated>2011-11-04T16:40:28.718-07:00</updated><title type='text'>ELEVATOR TUNE</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://elevatortune.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7142122464352006347/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://elevatortune.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>jv</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>2</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7142122464352006347.post-6771372997842596364</id><published>2011-11-04T16:40:00.001-07:00</published><updated>2011-11-04T16:40:28.768-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;L'INCURABLE&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On était quatre à attendre dans la poussière. Le hangar en tôle mauve avait ses portes fermées. On ne se parlait pas, on s'ignorait. Et pourtant on se voyait, ça j'en suis sûr.&lt;br /&gt;Pour venir ici, j'avais du prendre deux bus et puis me perdre un bon quart d'heure dans la zone industrielle. Impossible de trouver cette rue. J'avais même fini par demander ma route, chose étonnante pour moi qui évitais toujours le contact rapproché.&lt;br /&gt;J'avais le rythme des chiens et me débrouillais toujours pour m'en faire suivre. Si de loin, je paraissais jeune homme charmant et bien vêtu, c'est que j'étais longiligne et me tenais bien droit, mais s'approchant, on voyait s'esquisser l'implacable réel. Partout, du textile à la chair, je partais en ruine. Sur chacun de mes doigts se lisait la maladie, mon ventre était rebondi, mes coudes pelaient de n'être que des os; et ma tignasse, informe bouquet, s'hérissait ça et là. Toujours vêtu des mêmes frusques, manteau vert foncé, pantalon beige.&lt;br /&gt;Sur l'annonce, il n'était rien spécifié concernant la motivation, le relationnel ou la joie de vivre requise pour postuler comme c'était parfois le cas. Je pensais que ce boulot pouvait être pour moi.&lt;br /&gt;On a fini par nous ouvrir en râlant. Fallait sonner. On était pas fier mais ça en a rapproché certains. C'est comme ça dans l'adversité, même minime. On s'engouffra, dodelinants, dans une salle froide et vide, dans un silence de mort.&lt;br /&gt;Ils nous ont d'abord projeté un film. La bande était sur-usée, à ce niveau-là c'était pas imaginable. Un film américain, ridicule et mal doublée, qui expliquait en gros l'esprit de la boite à la manière propagandesque; puis après entretien.&lt;br /&gt;J'avais tiré le numéro trois alors ça me laissait un peu de temps pour ouvrir un peu les yeux. Des mecs gris et gras poussaient des chariots plein de prospectus; mal rasés, ils se trainaient. La lumière au néon au dessus d'eux les obligeait à garder constamment les yeux mis-clos ce qui leur donnait un air louche, inabordable. Ils passaient, repassaient, très vite et disparaissaient. Je n'en voyais pas plus. Un type en costume est venu nous tourner autour avec son sourire en coin. Il sentait le café à des kilomètres. Halte-là! Je suis trop sensible aux odeurs. Je laissais les autres se charger de lui. Pendant ce temps, j'essayais de garder mon calme dans l'idée de me montrer cinglant et affirmé à l'entretien. Ils aiment ça les gens sûr d'eux, cassants.&lt;br /&gt;Ça discutait dans mon dos, faisait semblant de rire, bien hypocritement. Ils n'avaient pas l'air de se forcer beaucoup. Moi je ne pensais plutôt à rien.&lt;br /&gt;C'était le jour. Ce jour où il fallait se présenter au monde. C'était ça où sauter dans le vide. Je faisais tellement l'inverse de ce que j'avais toujours été que je n'existais presque plus. Le niveau au dessus, celui où on ne sait plus très bien pourquoi on agit, poussé par la nécessité. Il fallait décrocher un emploi, saint-graal de notre temps, sujet tabou pour lequel les hommes se battaient comme des loups. J'avais pu tirer sur la corde de l'esquive assez longtemps mais désormais mon heure était venue, il fallait se rendre.&lt;br /&gt;Quand ça vint à mon tour, j'entrais dans le bureau, affable, sauf que ce n'était pas à moi de l'être. Je m'asseyais doucement, ajustant mes gestes pour ne pas trop en faire. Je sorti le curriculum et la lettre de motivation de ma pochette et les tendit à cette femme d'environ trente-cinq ans en tailleur bleu ciel qui m'observait par dessus ses lunettes.&lt;br /&gt;- Vous êtes Sanche, donc ?&lt;br /&gt;- Oui, c'est ça.&lt;br /&gt;- D'accord et vous étudiez quoi ? Je vois que vous êtes inscrit à la faculté.&lt;br /&gt;- Lettres modernes.&lt;br /&gt;- Et ça vous plait ?&lt;br /&gt;- Oui... enfin, vous savez...&lt;br /&gt;- Non, dites moi.&lt;br /&gt;Damned! J'avais bafouillé, c'était plié. Je n'avais pas été clair. Sur son front, je pouvais lire du dégoût, du mépris puis un cynisme rare. Dans son bureau sans fenêtre, elle en avait vu défiler, ça ne représentait pas grand chose. Un de plus. Mais pour moi, ce n'était rien de moins que le début de la fin. Allez... C'est pas grave, me dis-je tout de suite, il y aura d'autres occasions. Mais je sû à cet instant que je ne chercherais plus jamais à me faire humilier de la sorte. Tant pis si je devais pour cela le payer de ma vie. Je payerais, je passerais à la caisse enregistreuse avec mes petits achats pensant choquer par mon courage, mais on me rira au nez, on me dira « Vous êtes fou ? Vous êtes si jaloux de la réussite des autres ? » et on moquera mon air déprimé. À chaque bip, je regretterais d'avoir été si con et je penserais que plus tard peut-être on se souviendrait de mon acte de résistance, qu'on se dirait que j'ai bien agis à un moment de notre histoire, dans le bon sens, pour faire progresser l'humanité.&lt;br /&gt;Chemin inverse sans se perdre cette fois-ci. Au moins ça... J'aurais découvert un nouveau quartier... des carrefours, embranchements de départementales et entrepôts. L'impression de n'avoir pas tout à fait perdu sa journée.&lt;br /&gt;Qu'avais-je voulu dire ? « enfin, vous savez.... » Pourquoi toujours s'y égarer dans la plaine de cette  fausse sincérité à demi-mot découverte ? Ne mentent-ils pas, eux ? « Vous savez, c'est jamais si simple, on ne sait pas ce qu'on fait au juste... ni pourquoi... » Fallait pas montrer un gramme de ça.&lt;br /&gt;Le premier bus était bondé. Je sortis de ma poche quelques griffonages du genre révolté que j'avais écrit au dos d'un tract du syndicat étudiant que je relus. Elles étaient là mes convictions, en pattes de mouches, fébrilement étalée sur le papier. Elle ne me connaissait pas cette DRH, j'en trainais des tonnes, d'idées comme celles-là. Peut-être cela l'aurait-elle interessée ?&lt;br /&gt;Il n'y avait plus de places assises. Je me tenais à la barre de fer glacée. Dehors, le ballet des passants engoncés dans leurs manteaux qui allaient et venaient dans la brume dense de dix heures, toussotants, comme des pingouins qui péricliteraient, m'hypnotisait.&lt;br /&gt;À cause de mes maigres moyens, je n'avais pu acheter de ticket et le chauffeur, bien qu'il n'ait pas été habilité à me verbaliser, me tenait à l'oeil. Je ne pu retenir quelques spasmes qui se mirent à me secouer, j'étais vert, redoutant qu'un contrôle puisse avoir lieu. À chaque arrêt montait l'appréhension.&lt;br /&gt;Petit délit quotidien, rebellion à peu de frais, sosie raté de James Dean, un démon mal fini, estampillé comme tel. Comme on me l'avait souvent dit : il arrive toujours un moment où l'on paye pour ses fautes. Mais le compte de nos lâchetés est plus sévèrement tenu que celui de nos bravoures dont la juste rétribution tarde à venir! Et tout de suite je sortais mon stylo, « Voilà une maxime à conserver », me disais-je.&lt;br /&gt;Dans le bus, les vieux assis n'osaient pas croiser mon regard, appréçiant mon trouble. Les enfants, eux, me dévisageaient avec curiosité malgré le doigt tendu des parents qui les en défendait. Des larmes auraient tout aussi bien pû couler sur mes joues, ç'aurait été pareil. Au fond, j'étais triste, seul et déconsidéré. Il se mit à pleuvoir et la brume se fit plus épaisse. Les phares des voitures formaient de formidables tâches de couleurs jaunes, blanches et rouges sur les vitres mouillées de l'autobus. C'était beau. L'eau coulant sur le verre lisse et de magnifique sources lumineuses qui vibrionnaient, venaient parapher la victoire de la civilisation. Je m'avouais vaincu. Une fois de plus.&lt;br /&gt;Au diable le contrôle! On ne vit plus sous le couperet. Je ne bougeais plus. Je ne pensais plus. Je n'avais fait que ça, penser, tellement penser qu'on finit en prison, volontaire. Rêveries sans forme, inoffensives, associales seulement, au début. Puis une morne doctrine se déploie de façon plus précise et finit par prendre le pas sur tout. Labyrinthe dont on ne sort plus. Alors pour une fois, et même si cela voulait dire laisser la porte ouverte à l'humiliation, je ne pensais plus et j'en tirais mon parti. Pleurer ? Pourquoi pas de joie ? Les voitures freinaient et redémarraient sans cesse autour de l'autobus qui s'arrêtait lui aussi à chaque nouveau feu. Cette saccade à force de répétition me noua la gorge.&lt;br /&gt;Abdiquer aurait été une offense à la vérité! En effet, l'Histoire court ! Je dois me positionner dans ma tranche, ma génération... Philosopher contre les hommes! De ceux-là, j'en ai vu passé quelques-uns... Oui car au fond, qu'en ai-je à foutre de l'humanité ? Homiacés qui débarquent, fiers, la couronne de laurier bien mise... Homains, dégoulinants verdâtres, petits destins... Pour eux, je ne peux me taire...&lt;br /&gt;Oyez! Oyez! C'est la complainte de votre obligé, celui qui n'a pas dit son dernier mot, qui n'a pas encore choisi son camps. La tâche d'huile, le sermon, l'abeille qui bourdonne aux oreilles. Vous entendez ? Je ne me tairais pas, comme vous pouvez le constatez et pour le plaisir des sens, le corps en sera transporté.&lt;br /&gt;Pourtant lutter ici... au milieu des braves gens qui ne se doutent de rien. Ce n'était pas sérieux. Toute ma logique mise à mal.  N'étais-je bon qu'à murir des réflexions révolutionnaires pour rien ? Là, au milieu des braves gens, des mémés enturbannées, grelottantes qui rentrait à la maison, le cabat chargé de commissions, au milieu des jeunes maçons aux bleus tâchés de plâtre, des enfants aux joues rouges se rendant courageusement à l'école; moi le parasite, révolutionnaire aux grandes idées... Pire! je passais pour un mauvais bougre.&lt;br /&gt;C'était trop dur. Une fois seulement, j'avais éprouvé ce malaise en entier. Dans la rue commerçante qui débouchait sur la place des cafés, je marchais rapidement, haletant, avec l'impression d'être poursuivi, pénétré d'un tout nouveau genre de frisson. Une émotion bien fugace à laquelle j'aurais voulu m'accrocher pour jouir un peu d'être en vie, et d'ailleurs tout semblait m'y inviter. Les gens d'abord, cet agrégat douteux que j'accablais habituellement de tous les maux de la terre pour me redonner un peu d'importance et de singularité, ils me paraissaient ce jour-là tous très beaux. Pour la première fois, la pensée que je fus l'un d'entre eux m'effleurait. Et puis la ville aussi! Elle étincellait. Au délà de son aspect uniforme et très pointu, comme un de ces couteaux qui vous donnent des sueurs froides rien qu'en les regardant, ses lumières éblouissantes rendaient irréels, pareils aux dessins d'enfants , les arcanes, les beffrois, les tours de verre et les balcons haut perchés. Et je pouvais en apprécier le charme.&lt;br /&gt;Ce n'était arrivé qu'une fois et je l'avais beaucoup regretté. Existence heureuse ne me sied pas. Je pensais pouvoir continuer à hair le monde tout en y progressant. Cela me semblait même tout indiqué. Tout ce temps, esseulé, faible, suspicieux au moindre mot, je m'étais appliqué à me séparer de l'espoir. Désidéologisé! C'était là mon projet, hurler, me défaire de chaque chose, tranquillement les unes après les autres. Avec le temps, mon coeur avait été comme bouffé par une sorte de monstre hideux à plusieurs tentacules, il l'avait aspiré goulument grâce à ses nombreuses embouchures. Puis les années passèrent, on vit fleurir des réfractaires en tout genre. L'air du temps me courrait après. Est-on jamais à l'abri des modes ? Ma posture ne tenait plus.&lt;br /&gt;Pour la plupart voici les hommes, rampants... boules de chair, jeu égal avec le crustacé qui se protège et attaque, tue et procrée dans le même mouvement. J'ai bien ris avec eux. J'ai pris sur moi. Tout ce temps passé à les admirer, dans l'attente de l'acte qui ne décevrai pas... Puis, il arrive un jour où l'on s'arrête complètement d'espérer, on réajuste sa casquette et on sait la vérité. Doucement, sans bruit, je me suis écarté de la petite société mondaine à laquelle je tentais d'appartenir et je suis allé me loger auprès des plus en marge que moi, des sans-destins aucun, pour mettre un terme à l'ennui. Et puis ceux-là, eux aussi, finirent par me lasser. La suite vous la connaitrez.&lt;br /&gt;S'exclure ainsi, ce n'est pas si facile. Surtout après tant d'effort, de travail acharné pour m'intégrer, un tel sentiment d'échec ne pouvait m'apparaître qu'insensé. Opiniatre plus que de raison, j'avais fait bien attention, en sorte d'être poli, de me reléguer aux poubelles pour parler franchement. Des escrocs de partout! Des rusés. Des managers. Des finauds. L'amputation (violente, rapide, totale) ils m'ont tout volé, espoir, chance, volonté.&lt;br /&gt;On parcourait ensemble des dizaines de kilomètres de gauche à droite du centre-ville. Enrivières, pauvre désert. Il n'y avait plus rien à y faire. Comme toute les nuits, la ville en fête bourdonnait, prise de convulsion, crachant, éructant avec emphase des particules de plaisir obscène venues du fin fond de ses contradictions. Je m'y égarais souvent. Cité sans particularisme, ville-type, il était aisé d'en dresser la cartographie, d'en apprécier les contours. Sur vingt kilomètres carrés s'étendait le centre, vaste enchevêtrement d'immeubles blanchis par les décrets municipaux soucieux de sauver les apparences, remplis de musique, de piallements, de moteurs, de cris, de sifflets, de rires de filles en bande, de sirènes effrayantes, noyé sous la bière, le vin, la vodka, le café, enbrumé par la fumée de cigarette, les fulminations, la colère, la jalousie, la fatigue, les vexations, les crises, les ébats, les débats, les coups, le sang et la danse.&lt;br /&gt;Les grandes axes s'enflammaient au contact des troupeaux de jeunes gens qui beuglaient leur souffrance sur les routes depuis les artères piétonnes. Les places s'emplissaient petit à petit et noires de monde explosaient enfin, au grand dam des riverains. Aucun recoin ne résistait à l'insensée frénésie qui s'emparait de la jeunesse. Cracheurs de feu, jongleurs, fils de bonne famille, avocats se cotoyaient miraculeusement dans cette mélasse argentée, chacun y trouvait son compte. L'ambiance fluctuait, tantôt paisible, tantôt survoltée et agressive; une ronde désolée reniflant de mur en mur l'improbable vacuité de son temps, peut-être toujours espérant y trouver parcelle de félicité.&lt;br /&gt;Les patrons de bar se frottaient les mains, et s'ils arrivaient à éviter la bagarre, à fermer à l'heure, à sous-payer leurs employés, à augmenter le prix des consommations, tout alors indiquait qu'ils pourraient partir à Djerba hors-saison, bronzer et se reposer de leur vie harrassante dans un transat aux couleurs bariolées. La petite mécanique était fort bien huilée. Si les fêtards s'éternisaient, la mairie socialiste, qui d'ordinaire encourageait la jeunesse à s'amuser, à profiter de la vie solidairement, envoyait ses gendarmes surarmées pour faire le ménage à la nuit finissante.&lt;br /&gt;Chaque soir donc, et l'on déplaçait pour cela beaucoup d'énergie, beaucoup d'argent, le centre de la ville reformait ses troupes. Une représentation sinistre et veule, marécage où poissaient les peurs, les inquiétudes, reformées comme l'image du saule sur le lac. C'était le coeur de l'humaine mascarade, le poumon. Tout les organes vitaux se prêteraient volontiers à la métaphore. Aveugle des alentours, bruyant et fumant, causant nuisance par necessité, tout ce beau monde dépendait de l'extérieur, ravitaillé par camion et bus, en boissons, nourriture, spectateurs et serviteurs, depuis l'au délà du sanctuaire où tout se passait.&lt;br /&gt;Puis le silence et la nuit revennaient s'abbattre sur les rues, pour deux ou trois heures avant que tout ne reprenne, le lendemain. Les affres de la fête continuaient cependant à chatouiller les parois de la cité endormie. La furie récente résonnait encore. Les enseignes éteintes et ronflantes pesaient dans l'air, symboles d'un commerce peu farouche qui prenait son repos mérité pour mieux venir frapper le jour d'après. Menaçants, effrayants à certains égards, les logos s'exhibaient, rutilents, brossés, attiraient l'oeil malgré la pénombre, délivraient leurs ambitions démocratiques sous couvert de bonheur et de satisfaction obligatoire. Les consommateurs, ces victimes, n'étaient pas en reste. Il leur en fallait toujours plus, et quand les boutiques ne tournaient plus convenablement, les risques de tempête sociale s'amplifiaient... Pouvoir d'achat! Liberté! On ne touche pas au caddie! Méprisable classe moyenne au salaire confortable, sécurité de l'emploi, achat compulsif, sens de la vie, la carotte... mais il y en avait qui ne goutaient jamais à ces privilèges, des pauvres il en restait. Et leur rôle était bien connu. Dans une société en l'échelle, si l'on doit toujours chercher à se hisser plus encore, il faut aussi avoir peur de tomber bas... clochards ou rmistes, populations immigrés, petits commerçants étaient relégués dans d'autres quartiers de la ville, et tous redoutaient de finir comme eux... le bâton.&lt;br /&gt;C'était à l'Est de la ville que rayonnaient les quartiers pauvres – les fameux –, notable par leur luminosité, faubourgs, délice de gaité. Les taxis, les cafetières Italiennes et Turcs, les épiceries ouvertes de nuit, les restaurants pas chers, les gosses en liberté qui prennent un peu d'argent en aidant les voitures à se garer, fumant clopes sur clopes, déjà adulte, regard expérimenté. Les putes à la chaîne pareilles à des poteaux télégraphiques qui déambullent, le sac à main qui pends au bout de leur bras fin. Sur un podium, un vieux en imper jaune chante des mélodies de transe sur bande-son répétitive et les grillades crépitent sur de splendides barbecues graisseux. Ici, les rues n'invitaient pas le passant à s'approcher, pas de porte, ni d'arche triomphant pour indiquer un quelconque territoire balisé. Pourtant à seulement une trentaine de pas, s'exhibent rues flamboyantes, très blanches, puis immédiatement colorées, déparaillées, style ancien et moderne, facade bleu, rose, rouge, jaune, verte,marbré, fresque. On y écrit sur les murs, à Jésus ou bien que la ville meure. La mouvement omniprésent, la vivacité intacte malgré les pressions, la solidarité effective, les interactions tangibles. Les pauvres avaient finalement renoué avec la conscience de classe, une nouvelle aristocratie ayant le pouvoir d'annoblir un peu celui qui la défend. Tout le monde voulait sa part de l'aura. « Ah ! Les pauvres ! ils ont du savoir-vivre, il faut bien se l'avouer, » se disait-on en ce temps là, si bien que toute l'époque croupissait dans le bain grisâtre des concerts caritatifs où d'indigents troubadours venaient se payer une place de choix dans le coeur des spectateurs en engrangeant leurs ventes de disques.&lt;br /&gt;Dans ce merdier, on s'activait. Six ou sept on était. Il y avait un accordéon diatonique, ce n'était pas désagréable. Pas désagréable, certes, mais on s'y perd... comment le dire... Il arrive parfois qu'une logique plutôt qu'une autre s'impose à vous, elle est induite la plupart du temps par l'inconscient rabougri collectif (qui se décrit d'abord et avant tout comme indépendant), lui-même téléguidé en amont par les chroniqueurs mondains qui bégayent résolument dans leurs micros capiteux. Pour ce coup-ci, il se murmurait qu'il fallait vivre ensemble. C'est l'histoire de ceux qui y ont cru. Je me rappelle, plus ou moins dans l'ordre... Badule déjà, Nebocian, bien sûr, Gaudenc, souvent, Brunnissentz, parfois, Savaric, toujours. Ces vieux grincheux... ce fût un aspect de leur espérance. Certainement, j'y pris part, c'était ainsi... à l'époque. J'étais le plus beau, négligé, en presqu'haillons. Ça roulait. Nous étions tous au garde à vous devant l'injonction. Gare à celui qui dirait que ça ne fonctionnait pas! On se mélangeait les destins, on vivait des aventures pourrait-on dire. Une bande de singes minables... j'ai bien fait de les oublier. D'ici, je peux les entendre leurs monstrueux reproches. Ils ne s'arrêtent jamais de médire, et leurs liens, même, s'en sont renforcés. Ils s'étaient mis à me traiter de Juif parce que je voulais réussir. Toujours plus fort contre moi, le monde. j'en avais des raisons de m'enfuir. Rétrospectivement, ça ne faisait pas un doute. Et de belles!&lt;br /&gt;On finissait tout les soirs au 16 de la rue des Lilas. Dans l'antre de la bête, appelé aussi « la Bergerie ». C'est là bas que je les ai tous rencontré. Nous étions jeunes et bien hargneux. Cette période a duré environ cinq ans, en pointillé. On s'abîmait ensemble, puisqu'il fallait des compagnons, nous nous étions choisis. Je les revois encore rire, les yeux brillants, les tempes vibrantes qui battaient la mesure de leur coeur, de douleur.&lt;br /&gt;Le long du comptoir s'égrainaient une dizaines de camarades en plus qui levaient le coude en riant, sans peur des conséquences. Personne ne s'imaginait le mal que l'on se faisait à rester là et à attendre que vienne la nuit pour émerger, nous n'imaginions rien, nous vivions en plein dans la réalité. C'est pour ça qu'on s'en méfiait, tous humiliés à un moment, nous avions fini là, mais c'était le cul de sac.&lt;br /&gt;De tout petits sons venaient s'écraser dans nos tympans bouchés, de temps en temps une note, un refrain pour reprendre pied. Brunnisentz dansait, Nebocian et Gaudenc se mettait à chanter. Et une vague de rire, un cri politique venait recouvrir le réel, résonnait soudain trop fort et nous plongeait tous, sans que l'on s'en aperçoive, dans la plus noire des nuits.&lt;br /&gt;- Il est insuportable l'art du temps ! Les images et les sons voguent bien trop tranquillement. C'est comme si l'on était immortel. Même l'horreur ne nous fait plus peur. Trop bien habitué à lécher des cadavres!&lt;br /&gt;- A l'horizon, aucun espoir. Tout est gris ou verdâtre, peu importe. C'est le même suc graisseux inavalable jeté à la face livide d'une humanité transie de peur devant sa propre démission.&lt;br /&gt;- Oh mais, il n'y a là rien de nouveau ! Le Capitalisme, c'est démodé !&lt;br /&gt;- C'est bien vrai, il n'y a aucun espoir depuis toujours et c'est ainsi. Faut quand même pas oublier de le dire et redire, le crier sur tout les toits du monde, pour que l'homiacé n'oublie pas que c'est ainsi, qu'il est ignoble, dégueulasse et qu'il n'y a aucune amélioration possible.&lt;br /&gt;- D'ailleurs, on ne peut pas dire que tu sois un exemple. J'dirais même que tu lésines pas à apporter ta pierre à l'édifice de l'édifiant !&lt;br /&gt;- Bien dit ! Salaud ! Mais tu me vexes. C'est pas comme ça ! Elle est où l'abjection finalement, hein ? Je te le dis, ils sont irresponsables ceux qui pensent encore pouvoir sauver les meubles. Tout est foutu ! Laissons-nous voguer. Eux n'iront nulle part sinon sous l'eau, tandis que nous pouvons espérer flotter. Apo, apo, apocal-hips ! Ils se plaçent mais ils perdront, regarde-les bien, ils ricanent, c'est pas un sourire ça. Que veulent-ils ?&lt;br /&gt;- J'ai entendu dire que des mecs à la fac de science ont monté un labo clandestin.&lt;br /&gt;- Entendu dire! C'est ton oreille la traitresse! Un son, une vibration suffit! Et te voilà criminel mon cher! C'est tout comme.&lt;br /&gt;Ça n'allait pas plus loin car en fait de références tout ce beau monde était plus que limité. Certaines grands noms de la subversion subsistaient mais sans prendre véritablement corps... Ainsi la pensée, confuse, se disait, hurlée, pour éviter les écueils. On pensait, à tort, que l'on pouvait jouer sur l'herbe verte en dessous de laquelle gisaient nos illustres prédécesseurs, sans jamais se préoccuper de ce que fut leur vie. Au fur et à mesure que la nuit progressait, les visions se faisaient de plus en plus floues et nos paroles s'entrechoquaient violemment pour ne plus former qu'une masse idiote de sons coupés. Les moins courageux s'en étaient allés depuis bien longtemps. Il n'y avait plus de musique.&lt;br /&gt;Lorsque l'un de nous se rendait compte que l'on venait de basculer dans ce stade, le seconde stade de la soirée, il le faisait remarquer et l'on commençait à se préoccuper d'aller chercher de la chimie bien charnue à se distiller dans les bronches. Souvent je me dévouais car la fumée de cigarette m'avait indisposé.&lt;br /&gt;- Galope! Galope!&lt;br /&gt;Harry m'aimait bien je crois. On discutait pas beaucoup mais il était drôle et ça suffisait à me rafraichir. Il connaissait tout le monde en ville. À partir d'une certaine heure, c'était impensable de ne pas le croiser. Il promenait son petit chien en grommellant, habité d'un dégoût perpetuel, avec son accent hollandais. Il servait plus ou moins d'intermédiaire entre vendeurs en gros, petits consommateurs, toxicomanes avertis, petits dealers. En vrai commercial, il faisait l'article en pleine rue sans craindre de se faire dénoncer. Il connaissait des flics personnellement et d'après lui, n'avait aucun souci a se faire. On ne peut pas imaginer le nombre de drogués qu'il y avait dans la ville sans avoir passer ne serait-ce qu'une demi heure avec Harry.&lt;br /&gt;« Ah tiens, c'est David... bouge pas, je vais lui demander comment il va. » Je restais à observer un peu de loin, ça se passait tout le temps comme ça.  Autour de moi, des types complètement défoncés grâce à toute sorte de potions ingurgités ne perçevaient la vie que tres approximativement. Ils parlaient vite, surtout de football à cette époque là, à cause de la coupe du monde; s'emportaient tout à coup, on croyait qu'ils allaient se battre et puis ils se prenaient dans les bras.&lt;br /&gt;En restant avec eux pendant environ une heure, à les regarder agir comme des singes en moins futé, je goûtai à quelques trucs. Mais j'en voulais plus, les autres m'attendaient et Harry me disait qu'il n'avait rien sur lui. Je l'enguelais, pourquoi ne me l'avait-il pas simplement dit plus tôt ? Il se ravisait... en fait il blaguait... « Je voulais que tu fasses un bout de chemin avec moi, c'est tout... tiens, prends ça! » On échangeait finalement billets contre sésame et je me hâtais vers « La Bergerie » en espérant qu'ils n'étaient pas déjà tous à terre. Mais non, mes amis attendaient, sans inquiétude. Les sachets de poudre passaient de mains en mains et venaient se dissoudre dans nos estomacs abdiquants. Au bout d'un quart d'heure à peine, tout le monde semblait s'être endormi, on ne parlait plus. Ça durait toute la nuit. Nous sommes labourés, et traits, par d'exigeants centaures. J'avais pris une case de malheur, il fallait s'y s'y trouver bien. Malgré le manque d'argent, les cadeaux délictueux qui pesait sur le masque derrière lequel était un ignare, se trouvait bien. Et c'était moi ! L'ignare, à la tête cassée, à la tête ouverte coulant au sol ! Moi ! qui m'épanchait sur les visions dans ma hutte ! À la une... à la hutte ! J'y allais vaillant et pour ne pas regretter un cocktail dans le cornet! À l'arrivée des nous, les nomades, passagers du pays des rêves, un comité aux yeux cernés lâchait un « hourra ». Brisé sous ces cris émanants de je ne savais où, assis et penché vers l'arrière dans un siège amolli, où ces murs si hauts et si mal éclairés retransmettaient des ondes ardentes et agressives qui me griffaient la face pareille à la baudruche qui gonfle, qui gonfle mais sans éclater, et tournoie en riant à mes sens défendants; je m'enlisais à jamais dans les sables tueurs au milieu d'âmes faibles négligeants ma trêve. Dans le même temps, je me tordais de plaisir mérité, en vantant tour à tour mes splendides conquêtes. Je trouvais de l'amour vrai remplissant mes époques, je bénissais et j'adorais chacun de mes confrères. Il se peut que je perdis un peu de mon orgueil en me contortionnant ainsi, mais pour vivre en retour un si parfait bonheur, encore ce soir, je me changerais en reptile. La tenue de soi importe peu devant la vérité. Ma tête, cernée d'un cadre en bois me faisait ressembler à une toile absolue. Mon buste fier, mes épaules je ne les sentais plus, ni mon cou, si douloureux autrefois. Je donnais ! Je donnais pour fêter cette ritournelle qui montait à mes oreilles émues et reconnaissantes. Je pleurais abondamment devant ce drapé aux couleurs édéniques. Mon oeil submergé ne me raisonnait plus.&lt;br /&gt;Et ce rêve innomable dont la fin ne semblait pouvoir venir, changeait les minutes en heures et les heures en années. Puis le temps s'épaississait, accroupi, prisonnier d'un spasme qui me tenait cloué là, j'arbitrais un combat de marionettes. Fièvre en boucle, l'hideuse marionnette en mousse se mettait à faire des origamis simplistes... bateau, chapeau... on ne savait plus. De ses mains gantés de laines, elle pliait et repliait le papier rosâtre sur fond de tablette verte fluo. On me parlait dans le dos. Et comme je ne répondais pas, des hirondelles libres finissaient toujours par me piétiner l'estomac.&lt;br /&gt;Au réveil, on ne tenait même plus debout. Doux présage! Nous découvrions quelque chose comme un champ de bataille, les restes d'un dur combat dont il était difficile de retracer les temps forts. La mémoire absente, nous ramassions des bouts d'objets, constations de larges griffures au mur sans pouvoir les identifier. Loin de me faire rire, ces situtations répétées m'inquiétaient vivement et je m'empressais de les oublier. Eux, ricaneurs nés, incorrigibles têtes froides, ils trouvaient toujours quelque chose à dire pour faire passer l'angoisse. Moi pas, je rentrais, à peine soulagé de revivre et encore plus, il me semblait urgent de fuir.&lt;br /&gt;J'avais été un temps seul comme ça, sans les voir tous. Il y avait comme ça, des personnes qu'on aurait aimé ne pas connaitre. Leur image vous restait pour toujours gravé au dessus du nez, ils se balancaient en vous narguant. C'était largement plus insupportable que de les voir en chair et en os. Ils prennaient sous cette forme spectrale, une allure mythique qui ne leur aurait pas été conférée si vous les aviez  vu s'agiter devant vous avec leur corps en partage. Avec le temps, j'avais fini par mettre dans le lot l'entièreté de mes connaissances. On me le reprochait souvent, d'être extrême, d'en vouloir aux os, de chercher à cogner. Mais un combattant, voilà ce que je suis. C'est ce qu'il y a de terrible chez moi, cette faculté à m'isoler, à en jouir de surcroit. Seulement voilà, quelque chose me titillait. Je ne pouvais plus avancer avec ces poids.&lt;br /&gt;On croit qu'ils ne tiennent pas à vous, qu'ils vous méprisent et que votre départ ne sera même pas remarqué, mais on se trompe. Ce n'est pas ainsi que sont les hommes. Pas du tout. En réalité, vous êtes un pion, un élément important, sans vous douter... Vous cherchiez la gloire, la reconnaissance, vous allez l'avoir! Il est impossible de s'effacer, l'empreinte est là. Essayez un peu pour voir. Le jour où je décidai de me défaire d'eux, ils m'attendaient tous pour me demander des comptes. Avant, ça n'était jamais arrivé. Ils se sont reunis autour de moi, solenels, ils voulaient être bien sûr de n'avoir rien à se reprocher. Mais comme justement, les griefs ne manquaient pas... « Non, non, non! » Ils se mirent à hurler. On ne s'en va pas en laissant les autres à leur conscience. Votre vie, ils s'en fichent bien, mais du moment que la leur interfère, ils s'octroyent un droit tout nouveau et légitime, inopiné. Une forme d'ingérence, née du mélange des destins, ils vous font tout payer. Étrange, décidément étrange. Mon intransigeance associé à leur mauvaise foi, mauvais ménage, mauvais bouillon, j'étais parti pour un tour gratuit de solitude.&lt;br /&gt;Puis, je rencontrai une femme, particulièrement belle. Solange, une déesse. D'ailleurs à son propos, sur un de mes bout de papier on pouvait lire une vengeance, ce poème : « Vilénie, socle de l'acte humain, / et Solange, / moins qu'à son âge on ne sait, / Escalade les paliers d'une vie, / froide et maline, / sans porter cas - des futilités ! / Elle finira dans un pot. / Urgente. / Et sa foi étrangère, à coté. »&lt;br /&gt;Solange. J'avais bien failli l'oublier. Elle était descendu comme à son habitude à la station trois du métro Neuf pour ne jamais reparaitre. Et si vite! Que j'en suis encore tout meurtri, dans ma chair, profondément affecté. Ce serait folie de revenir dans le désordre à des amours d'enfance, mieux vaut se concentrer sur l'avenir! Si elle pouvait me laisser en paix... Je l'entends encore crier à la porte du wagon ce quelque chose que je ne compris pas. J'ai parfois le sentiment d'être en retard d'un wagon justement, pensais-je. Mais c'était trop tard. Au revoir ma belle... Tu m'en payeras d'autres des comme ça... en rêve plutôt, hein! Il faut se souvenir du dernier des hommes, celui dont les yeux clignent ici, clignent là. Cet homme je ne l'ai vu qu'une seule fois. Ce n'était pas une fois de trop. C'était une fois. Il était là sur le quai du métro. On se souvient de ces yeux-là. Ils sont inoubliables. C'est qu'ils transmettent un poison rare! Oui, la haine dans mes veines coule. C'est arrivé souvent que je crois voir un oeil étranger. Un oeil modeste, dépossédé. Mais celui-là était particulierement torve et brillant tout de go. C'est comme ça que je me suis dit que ce devait être lui, mon dernier des hommes. Il faut ajouter que le quai étant vide, l'impression d'horreur fût accentuée. Et quelle horreur!&lt;br /&gt;De retour à la maison, je vidais mon stylo encre sur la feuille puis jetait le tout à la poubelle. C'était comme tout les soirs. Le perpétuel échec d'alors. Les grands boulevards décadents... Mais cette fois-ci, je me voyais... en face! Très distinctement éteint. Un dialogue s'engageait... Je me criait dessus, on ne pouvait m'arrêter. Sous la faible ampoule qui vacillait, le concerto en ut minor pour mes oreilles et les ombres diaboliques qui montaient, remontaient devant la glace, chinoiseries radicales... et un ton lucide en apparence, voilà le tableau, en gros, de cette nuit-là. Parler comme on respire. C'est intriguant. Deux mois avant, elle m'avait fait promettre de ne rien dire de notre relation. Son mari, ses enfants ne devaient jamais rien savoir. Ça coulait de source. Moi j'écoutais béat et affirmatif : il n'y aurait aucune fuite. C'est peut-être là que le bas blessa. Je n'ai pas tenu parole. Une petite fleur de honte pousse à ma boutonnière, je l'avoue, je me suis vanté... Et pas qu'un peu! Tout le monde y a eu droit à mes petits mots sur mes exploits, ma divine, ma conquête. J'étais le fameux étalon, celui qui y était parvenu. Rayonnante beauté quand l'on ne s'explique plus les flux qui relient les uns aux autres. On vogue tout simplement. Nous allions à Buenos Aires. Un matin comme ça parce qu'elle avait du fric à dépenser et qu'on rêvait beaucoup. Il y avait nous, deux ombres sur le chemin de poussière, nimbants... Fragiles à se trahir, lents et désordonnés, nous nous suprîmes à voguer, tel un arbre au soleil s'unissant, en symphonies d'aventures. Ce fût alors cataclysmique de bonheur, enfin nous y voilà! À l'hotel Montserrat et pour le mieux, des commodités à n'en plus finir, situation exigente pour client cinq étoiles. Que faire alors ? On flambait ! Littéralement. Avec une incorrection rare. Tout coutait cher, montre, lunettes, chemises, sandalettes de cuir. C'était un peu les années quatre-vingt vestimentaires. Un petit coup vers la droite, déhanché de colon d'Afrique. On se croyait où ? Nul ne peut le dire. Mais ce qui demeure certain c'est que allions y rester un bon bout de temps. Il n'y avait rien à faire. Notre envie approchait de zéro et aucun souci à ce sujet, du moins pour ma part. Je sentais parfois que ça pressait de son coté? Je m'empressais alors de la rassurer. Surtout, du calme ma belle; tu sais bien que tout ça, ce n'est pas vrai. Elle riait en m'écoutant lui glisser des mots doux. Elle ignorait complètement que ses mots étaient à elle. Le jour, quelques balades improvisées, je m'en souviens mon amour, dans cette nature je t'ai conduite, et ta main j'ai prise quand, nue, tu rendais, accroupie, à la rivière, ton sexe doux coincé entre deux cicatrices. Nous vivions l'un dans l'autre liés par la bouche et par les poignets. Si tendre l'un pour l'autre. Et puis le soir, à plein dans ses cuisses, moites, je frappais à grand coups, remuais la chair, mordais. On s'endormait vite fait après tant d'efforts. Les matins, un peu nostalgique, devant le Congreso, je repassais mes amours lointains, en filigrane la tête de mon chien qui jappait dans l'atmosphère. Un jour, sur le sol rouge, la colère des natifs emporta avec elle mes rêves et nous nous mîmes en quête d'un restaurant. Il était seize heures mais en Argentine on mange tout le temps, et surtout à seize heures. Il y en avait tant que nous ne pûmes choisir. C'est drôle de rester là, affamé, tandis que l'heure tourne et qu'après chaque cuadra, on trouve toujours autant de restaurants et de rester là, affamé. Prétextant une envie pressante, je m'éclipsai alors pour manger un sandwiche, la laissant à son infâme indécision, toujours la même et je l'aimai. Il n'y avait pas grand chose que j'aimais plus que de manger en conséquence de quoi mon choix fût vite fait, et le met vite englouti. C'est absolument comblé que je retournais voir ma belle qui rongeait ses ongles assise en tailleur sur un banc. Depuis la commissure de mes lèvres, je fus trahi par de la mayonnaise. Je me mis à supplier. Mais elle n'entendit rien. Ce devait être celui-là, le premier jour de notre rupture. Ensuite Montevideo; et le libraire qui nous appris que la maison d'enfance d'Isidore Ducasse était rasée. Alors c'est un peu défait, il faut bien l'avouer que nous prîmes un billet pour le pays.&lt;br /&gt;Un doigt trempé dans la bile, amère flaque de nos amours. Doré de vices, produit en milles, devant l'étal et pour toujours. Mes doigts faibles, pliés cèdent, ne peuvent toucher la main raide. Ah ! brave la douleur, pas une qui veuille calmer ma peur. « Quel désamour ! » À droite, un étang. À gauche, une rangée d'arbres en bordure d'un champ, qui viennent piquer,en même temps caresser les nuages au rythme du vent qui les balaie... Et c'est intolérable.&lt;br /&gt;Elle était loin de se douter qu'à son retour, on lui demanderai des comptes. Son mari avait déjà plié bagages. Elle me téléphona sur l'heure pour couper les ponts. Et puis comme la solitude ne sied à personne, me rappela la minute d'après. Elle me voulait sous le coude pour ne pas me louper. Je n'étais plus fier, c'était du passé. Elle ne riait plus. Parfois elle était polie « Oui bien sûr, pas de problème, comme tu voudras » et tout de suite, déferlait. Elle s'était mise à me chercher des poux... des petites manies, des faiblesse. Elle me voulait merdique, cernable, compréhensible, pour fortifier son empire. Évidemment ça ne pouvait pas durer, un tel jeu, ça vous envoie trop vite dans les sous sols de l'existence. On avait donc décidé de se séparer.&lt;br /&gt;En y repensant, dans mon appartement, je tournai en rond, de temps en temps, jetai un oeil par la fenêtre pour faire comme si j'appartenais au monde. Ma soupente, triste vigie d'où regarder ce spectacle si symbolique de la jeunesse qui se meurt déjà d'être si vieille. Ils ne ressemblent à rien, perdant leurs cheveux à seulement vingt ans, noyés, n'implorant comme la biche qu'à la conscience du dernier centimètre cube d'air avalable alors venue. Les clefs de la vertu, égarées de toute façon, ne leur auraient été d'aucune utilité tant le désastre, tant l'inéffable cataclysme provoqué de concert par leur faiblesse, une volonté maléfique externe et toute particulière, fit naitre spongieuse puis vaporeuse leur âme rendue à Dieu sitôt créée. Des idiots. Et moi, ni cynique, ni morbide totalement, je me mis à espérer être, travail allié au temps, un élément du mieux, voyant et décryptant le mouvement des Caïns, toujours plus forts et plus pesants, qui s'insinuent dans tout les espaces possibles à leur survie, et qui tirent des larmes gigantesques à mes yeux incrédules et restés jeunes.&lt;br /&gt;Ruminer ainsi n'est pas plus malin. Soit. Je devais passer à l'action, après tout il est difficile d'apprécier le repos quand on ne se bouge jamais. Pourtant quelque chose me retenait, je n'y parvenais toujours pas. Cette fenêtre est si pâle que j'y vois trouble au travers. Les éléments s'enchevêtrent, leur sens échappe. J'ai besoin d'une lumière plus vive, le nécessaire soutien. Que construit-on ainsi tout seul ? Un événement des plus tragiques serait le bienvenu histoire de remuer un peu ce merdier.&lt;br /&gt;Sur les toits, le linge voletait et se gonflait en voiles accessoires, au rythme des bourrasques. J'avais grimpé jusqu'au dernier étage pour voir le ciel. J'attendais que ça passe. Au fond je ne voulais plus m'opposer à rien. Une heure, deux heures, ce n'était pas assez. À force de touner en rond, j'allais finir par creuser une involontaire tranchée dans ce sol si maléable. Tournent les pouces alors! Je regardais ce « AVIS A LA MACERATION » que j'avais peint ici et que personne ne verrait jamais. Avec une certaine mélancolie je m'approchais du mur pour le toucher et me souvenir peut-être de mon état d'esprit au moment où je l'avais écrit. Il ne faisait pas chaud, mais l'air était lourd, comme surchargé d'argile et de foudre. Difficile de respirer en cet après-midi de printemps où le ciel épousait harmonieusement nuages gris, soleil clair, et écrasait, à la manière du casque en fonte, le peuple des hommes assis dessous. Une nuée d'oiseaux calmes traversa l'azur raide.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7142122464352006347-6771372997842596364?l=elevatortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://elevatortune.blogspot.com/feeds/6771372997842596364/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://elevatortune.blogspot.com/2011/11/lincurable-on-etait-quatre-attendre.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7142122464352006347/posts/default/6771372997842596364'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7142122464352006347/posts/default/6771372997842596364'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://elevatortune.blogspot.com/2011/11/lincurable-on-etait-quatre-attendre.html' title=''/><author><name>jv</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7142122464352006347.post-4944505174398292779</id><published>2011-11-03T06:44:00.001-07:00</published><updated>2011-11-03T06:50:58.753-07:00</updated><title type='text'>LES PETITS MOINES A LUNETTES</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://a34.idata.over-blog.com/600x402/0/41/95/27/album/rpahael.jpg"&gt;&lt;img style="display: block; margin: 0px auto 10px; text-align: center; cursor: pointer; width: 598px; height: 402px;" src="http://a34.idata.over-blog.com/600x402/0/41/95/27/album/rpahael.jpg" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On était quatre à attendre dans la poussière. Le hangar en tôle mauve avait ses portes fermées. On ne se parlait pas, on s'ignorait. Et pourtant on se voyait, ça j'en suis sûr.&lt;br /&gt;Pour venir ici, j'avais du prendre deux bus et puis me perdre un bon quart d'heure dans la zone industrielle. Impossible de trouver cette rue. J'avais même fini par demander ma route, chose étonnante moi qui évite toujours le contact rapproché. J'étais remonté.&lt;br /&gt;Sur l'annonce, il n'était rien spécifié concernant la motivation, le relationnel ou la joie de vivre requise pour postuler comme c'était parfois le cas. Je pensais que ce boulot pouvait être pour moi.&lt;br /&gt;On a fini par nous ouvrir en râlant. Fallait sonner. On était pas fier mais ça en a rapproché certains. C'est comme ça dans l'adversité, même minime. On s'engouffra, dodelinants, dans une salle froide et vide, dans un silence de mort.&lt;br /&gt;Ils nous ont d'abord projeté un film. La bande était sur-usée, à ce niveau-là c'était pas imaginable. Un film américain, ridicule et mal doublée, qui expliquait en gros l'esprit de la boite à la manière propagandesque; puis après entretien.&lt;br /&gt;J'avais tiré le numéro trois alors ça me laissait un peu de temps pour ouvrir un peu les yeux. Des mecs gris et gras poussaient des chariots plein de prospectus; mal rasés, ils se trainaient. La lumière au néon au dessus d'eux les obligeait à garder constamment les yeux mis-clos ce qui leur donnait un air louche, inabordable. Ils passaient, repassaient, très vite et disparaissaient. Je n'en voyais pas plus. Un type en costume est venu nous tourner autour avec son sourire en coin. Il sentait le café à des kilomètres. Halte-là! Je suis trop sensible aux odeurs. Je laissais les autres se charger de lui. Pendant ce temps, j'essayais de garder mon calme dans l'idée de me montrer cinglant et affirmé à l'entretien. Ils aiment ça les gens sûr d'eux, cassants.&lt;br /&gt;Ça discutait dans mon dos, faisait semblant de rire, bien hypocritement. Ils n'avaient pas l'air de se forcer beaucoup. Moi je ne pensais plutôt à rien.&lt;br /&gt;C'était le jour. Ce jour où il fallait se présenter au monde. C'était ça où sauter dans le vide. Je faisais tellement l'inverse de ce que j'avais toujours été que je n'existais presque plus. Le niveau au dessus, celui où on ne sait plus très bien pourquoi on agit, poussé par la nécessité. Il fallait décrocher un emploi, saint-graal de notre temps, sujet tabou pour lequel les hommes se battaient comme des loups. J'avais pu tirer sur la corde de l'esquive assez longtemps mais désormais mon heure était venue, il fallait se rendre.&lt;br /&gt;Quand ça vint à mon tour, j'entrais dans le bureau, affable, sauf que ce n'était pas à moi de l'être. Je m'asseyais doucement, ajustant mes gestes pour ne pas trop en faire. Je sorti le curriculum et la lettre de motivation de ma pochette et les tendit à cette femme d'environ trente-cinq ans en tailleur&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7142122464352006347-4944505174398292779?l=elevatortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://elevatortune.blogspot.com/feeds/4944505174398292779/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://elevatortune.blogspot.com/2011/11/testes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7142122464352006347/posts/default/4944505174398292779'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7142122464352006347/posts/default/4944505174398292779'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://elevatortune.blogspot.com/2011/11/testes.html' title='LES PETITS MOINES A LUNETTES'/><author><name>jv</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
